Psychiatrie en Russie
LA PSYCHIATRIE AU SERVICE DU MAL !
Viktor Fainberg ou le courage des dissidents russes.
[28-08-2008] Par Anne-Claire Veluire
« Mirek Topolánek et Viktor Fainberg« Mes camarades ont été jugés et condamnés à des camps de travail, tous sauf Natalia Gorbanievskaïa, parce qu’elle avait deux petits enfants. Mais elle a tout de même était emprisonnée un an plus tard quand elle a écrit et tapé un livre sur la manifestation et sur ses conséquences…
Moi, j’ai été envoyé de la prison de KGB dans un établissement psychiatrique où il y avait un département spécial pour les gens qui ont été arrêtés par le KGB. Après un mois d’observations, une commission étroitement liée au KGB a donné un diagnostic. C’était presque toujours le même diagnostic : schizophrénie, syndrome paranoïaque. Puis, je suis allé dans un établissement psychiatrique spécial à Leningrad qui était destiné à des gens souffrant de maladies mentales graves et dangereuses. Sous Breznev et même bien longtemps avant, il était utilisé pour les dissidents. C’était le bâtiment d’une vieille prison avec un personnel de prison – officiers et soldats du ministère de l’Intérieur – 750 malades sur douze personnes qui étaient jetées là-bas pour des raisons politiques et qui étaient absolument sains, bien sûr. Et elles étaient traitées de la même manière que les gens malades – injections, médicaments etc. Les gens qui étaient là-bas n’avaient aucun droit. Ils étaient considérés comme des gens mentalement malades, donc point responsables. » Lire la suite »
Psychiatrie en Russie
Le retour de l’internement psychiatrique forcé en Russie
Une militante est retenue de force après un article critique sur un asile.
Par Lorraine Millot
QUOTIDIEN : mercredi 1 août 2007
«On m’a frappé aux jambes. On me force à prendre des médicaments. Je compte sur votre aide. Mais ils ne vont pas me laisser sortir», explique au téléphone, d’une petite voix calme et abattue, Larissa Arap que Libération a pu joindre hier. Depuis le 5 juillet, elle est retenue de force en hôpital psychiatrique. «A cause d’un article critique», dénonce l’opposition démocratique russe, qui voit là un retour aux méthodes soviétiques.
Sévices. «Le secret médical m’interdit de vous dire pourquoi elle est internée», rétorque le médecin en chef de l’hôpital où elle est retenue, à 300 kilomètres de Mourmansk. Dans une interview publiée le 8 juin par un journal du Front civique uni (le mouvement d’opposition mené par Garry Kasparov), la militante Larissa Arap dénonçait justement le retour à l’internement psychiatrique de simples importuns, et les sévices infligés aux patients. «A
l’hôpital, [.] j’ai été étonnée de voir qu’il y avait beaucoup de gens normaux. Mais voilà ce qu’on faisait avec eux : on leur criait dessus, on les frappait, on les mettait sous perfusion, on les attachait aux lits et après les gens devenaient comme des zombis. Ils étaient violés, emmenés de nuit vers des destinations inconnues et on les ramenait le matin dans les chambres, à bout de forces», racontait alors Larissa, qui avait été internée une première fois en 2004. Selon une proche, elle s’était alors adressée à l’hôpital, « stressée» par la mort de son père puis y avait été retenue contre son gré.
Electrochocs. Dans cet article, Larissa Arap évoquait aussi les cas de plusieurs patients internés simplement parce qu’ils gênaient. Ainsi Ania, hospitalisée après que son frère a été tué sous ses yeux. «Les enquêteurs ne voulaient pas faire la lumière sur ce crime. Ils ont envoyé le témoin à l’asile», rapportait Larissa, citant aussi un témoignage d’Ania : «Les enfants ont dû former un cercle, on les a forcés à faire la ronde puis, fatigués, ils ont été forcés d’embrasser et de masser les jambes des infirmiers. Pour ceux qui n’en pouvaient plus ou qui ne voulaient pas faire ça, on employait des électrochocs.»
Le 5 juillet, alors qu’elle passait des examens médicaux requis pour le permis de conduire, Larissa Arap a été conduite de force en psychiatrie. Un être «normal» n’écrit pas des articles de la sorte, aurait expliqué un médecin à sa fille. «Et si tu es si maligne, je t’hospitalise aussi de force», aurait-il menacé alors que la jeune fille insistait pour des informations.
«Je reçois régulièrement de Russie des témoignages d’usage punitif de la psychiatrie», commentait hier Vladimir Boukovski, célèbre dissident en exil à Londres, citant des cas semblables au Caucase ou en Bachkirie.
Le rédacteur d’un site indépendantiste tchétchène, Andreï Novikov, est ainsi détenu depuis des mois en clinique psychiatrique, après avoir été jugé pour «appel public à l’extrémisme». Selon Vladimir Boukovksi, des officiers des services secrets et de la police de Bachkirie ont même été invités à un briefing à Moscou, leur expliquant comment recourir à la psychiatrie contre les opposants politiques.


